samedi 26 mars 2016

Zoe Saldana en Nina Simone mais au fond, quel est le problème?



La polémique avait enflé une première fois lorsqu'on a appris que ce serait Zoé Saldana qui jouerait le rôle de Nina Simone.
Mais lors de l'apparition des premières photos du film, le flot de réactions a vraiment été terrible. Et comme souvent dans ce genre de controverse, c'est sur Twitter que tout se passe.



Le colorisme est une forme de racisme
Partout dans le monde, les problèmes de colorisme s'exercent. Le colorisme peut être définie comme : l'ensemble des discriminations subies en fonction de la couleur de peau, souvent à l'intérieur d'une même ethnie. Les personnes à la peau plus claire auront beaucoup d'avantages et seront perçues plus positivement.
Le racisme est un concept qui a été rationalisé scientifiquement par les Européens mais ce n'est pas une notion unilatéral. Il s'exprime de diverses façons par tous les peuples. Ses conséquences sur les peuples colonisés sont encore bien présentes. Autant à l'extérieur qu'à l'intérieur de ces ethnies.



Nina Simone est l'une des stars noirs de l'époque à avoir réussi en revendiquant sa négritude.
Elle a réussi avec ses cheveux crépus, son nez épaté et sa bouche épaisse. Son physique faisait partie de son combat. Etre noire faisait partie de son art. Le blackness était une source d'inspiration pour créer sa musique.

En tant que femmes noires, on a vite conscience du colorisme. Dès l'enfance, on va entendre parler de peaux plus ou moins foncées dans nos familles. Ces concepts imprègnent fortement les sociétés non blanches. Ce que l'on reproche à Zoé Saldana, c'est d'avoir accepter son rôle malgré tout ce que cela implique. Elle ne peut pas prétendre ne pas avoir conscience de ce phénomène.



One drop rule
Au XIXe siècle, aux Etats Unis, une goutte de sang noire était suffisante pour être perçue comme tel. A l'époque, les enfants nés d'une esclave et d'un maître blanc avaient certains privilèges mais ils gardaient une identité de noir. Ils travaillaient souvent à l'intérieur des habitations, exerçant ainsi un travail moins pénible que les noirs travaillant dans les champs. Aujourd'hui encore, ce principe est très ancré aux USA.  Un homme à la peau foncée, qu'il soit noir ébène ou caramel est un noir.
Je trouve ce principe assez compréhensible car au point de vue généalogique, il est difficile de distinguer les métis des noirs. La majorité des Américains noirs ont des ancêtres blancs dans une plus ou moins grande proportion.


Les latinos et le One drop rule inversé
Au Brésil, on peut presque dire que c'est le contraire.
Selon Jose Neinstein, un réalisateur brésilien : "Aux USA, si tu n'es pas tout à fait blanc, tu es noir. Alors qu'au Brésil, si tu n'est pas vraiment noir et bien tu es blanc."  Il y a beaucoup de latinos qui refusent catégoriquement d'être identifiés comme noir. D'ailleurs, certaines actrices
latinos étaient assez étonnées de voir que les médias américains les identifiaient comme noires alors qu'elles ne se sont jamais elles même identifiées comme tel.
Quand on lui parle d'ethnies et d'auto-identification, voilà ce que Zoé répond:
" J'en ai marre qu'on me pose tout le temps cette question. En réalité, il n'y a pas de personne de couleur." Sa déclaration a soulevé un tollé car pour les noirs américains, il est très important d'affirmer que l'on est noir. Je crois que sa difficulté à s'identifier comme noir vient de son background d'afro-latino. Les Sud Américains n'ont pas la même perception de l'ethnicité que leurs voisins du Nord.


Blackface oui ou non?
Pour moi, on ne peut parler de blackface. Le blackface, c'est quelque chose de beaucoup trop grave pour pouvoir être comparé à ce que Zoe Saldana a fait. En parlant de blackface, on perd l'intensité du combat. Je vis dans un pays où les blancs se déguisent encore régulièrement en noirs. Alors il est d'autant plus important pour moi de ne pas tout mélanger.


Une façon d'être invisible encore une fois

Et bien qu'il soit difficile pour une femme noire ou métisse d'obtenir des rôles à Hollywood, il est presque impossible pour une femme noire foncé, aux traits négroïdes et au cheveux crépus d'avoir un rôle dans un film. Les femmes noires se sentent insultées car cette fois ci, on s'attaque à un symbole. Pour beaucoup, Nina est une figure d'émancipation. Elle inspire les activistes dans leur combat et la voir être représentée ainsi, c'est quasiment insultant.
Mais ce qui nous frustre, ce n'est pas Saldana en elle même. C'est un système qui continue à perpétuer des stéréotypes et à nous invisibiliser. Comme si nos physiques étaient honteux, comme si nous n'avions pas le droit d'exister dans les médias.

mardi 2 février 2016

3 Comptes Twitter à suivre pour mieux comprendre le féminisme intersectionnel

Il y a quelques jours, Naya a mis Twitter ON Fire grâce à sa vidéo sur l'Afroféminisme. C'est vraiment une excellente vidéo qui pose quelques bases solides pour mieux comprendre ce mouvement. L'afroféminisme est un mouvement qui se bat contre l'oppression intersectionnelle subie par les femmes noires.

L'intersectionnalité en quelques mots...
"C'est une notion qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société." En l’occurrence dans la vidéo de Naya, une oppression liée au groupe ethnique et au genre.

Je dois avouer que je connaissais la plupart des informations données dans la vidéo grâce à différents comptes Twitter que je suis depuis quelques mois. Je n'ai jamais autant appris sur toutes ces questions de racisme, de féminisme et d'intersectionnalité que depuis mon arrivée sur Twitter.
Beaucoup de gens n'osent pas encore se lancer sur ce réseau social mais il me semble incontournable. Et croyez-moi, on prend très vite goût à l'actualité commentée par des activistes.

De plus, il y a quelques mois, Marwan Muhammad écrivait un Post sur Facebook pour encourager ses lecteurs à s'inscrire sur le réseau social.
"Je vous demande de MASSIVEMENT créer des comptes sur Twitter et je vous explique pourquoi:
C'est là où sont la plupart des influenceurs, des journalistes et des politiques. Vous voulez nous aider à changer les choses et à agir utilement sur les questions d'actualité? Alors c'est sur twitter que ça se passe. C'est plus court, plus libre, plus efficace. On peut faire des opérations super ciblées.
En plus, si vous aimez bien les ‪#‎punchlines‬, vous allez êtres servis." 

Je pense aussi que c'est vraiment un très bon réseau pour les militants. Je vais vous présenter 3 comptes mais ma liste n'est pas du tout exhaustive. J'ai voulu mettre en avant des comptes qui sortent de l'ordinaire. Il n'y a pas vraiment d'Afroféministes et c'est un choix. Je ferai un autre article prochainement pour parler de ce sujet plus longuement.

1) Sihame Assbague

Sihame, 27 ans est diplômée en Lettres Modernes et en Science Politique. C'est la porte-parole du collectif Stop le Contrôle au faciès.
Cette jeune femme a toujours la bonne formule pour exprimer ses idées. Elle est drôle et intelligente. Elle connait très bien ce dont elle parle et même Alain Juppé a reconnu son sens inouï de la rhétorique. 















2) Feminist Inside 


C'est un concept très intéressant et novateur. Le premier message du compte Twitter annonce la couleur. "You are a woman of colour and you believe that women shouldn't be oppressed because of their gender? Please come and share your story :)"
Chaque semaine, des féministes racisées se passent la parole pour témoigner des problèmes qu'elles peuvent rencontrer dans une société occidentale mais aussi au sein de leurs communautés. Ces problèmes peuvent être d'ordre tout à fait différent d'une semaine à l'autre. Il y a des féministes musulmanes qui prennent la parole. Mais aussi des femmes qui subissent des discriminations à cause de leur orientation sexuelle...






3) Le Collectif FeminismVsCyberBully 

Ici encore, c'est un concept très original qui permet de mettre en lumière un phénomène connu "le cyber bullying". Le public cible est les femmes victimes de revenge porn sur Internet. L'une des activistes du collectif a elle-même été touchée par ce phénomène. Lors d'une interview sur LCI, elle a donné son opinion sur le victim blaming et l'utilisation du réseau social Twitter par les agresseurs.
“Quand on est victime, on est extrêmement vulnérable”, a-t-elle déclaré. Pour la jeune femme, "l'accès au droit est un privilège, les victimes sont très jeunes, extrêmement défavorisées et ont extrêmement honte. Twitter n'est pas passif, il a pris le parti de se taire face aux violences faîtes aux femmes."








Voilà donc quelques comptes Twitter à suivre pour en savoir plus sur le féminisme intersectionnel. Je vous conseille aussi bien sûr, mon propre compte.

vendredi 8 janvier 2016

"Hutu ou Tutsi?" Et pourquoi ne jamais poser cette question....

Si il y a bien une question gênante à laquelle bon nombre de Rwandais ont dû répondre dans leur vie, c'est "tu es hutu ou tutsi?".
Cette question est loin d'être anodine. En plus d'être embarrassante, elle peut être blessante pour plusieurs raisons.
Dans cet article, je vais me concentrer sur les racines de cette séparation ethnique sans donner plus de détails sur les terribles atrocités qui en ont découlé. Si vous voulez des informations sur le génocide de 94, il y a énormément de ressources sur Internet.
Je vais également me concentrer sur le cas du Rwanda Rwanda pré-colonial même si aujourd'hui, c'est malheureusement le Burundi qui défraie la chronique. Il circule beaucoup d'idées reçues, de stéréotypes et de préjugés face à l'histoire du pays et j'avais envie de vous partager ce que j'ai appris grâce à mes recherches sur le sujet.


Quelques pré-requis à connaitre avant d'entrer dans le vif du sujet
Le Rwanda et le Burundi sont deux petits pays d'Afrique des Grands Lacs. Ils sont très souvent nommés pays jumeaux. Cette appellation vient du fait que les 2 pays se ressemblent à bien des égards.

  • L'environnement se ressemble beaucoup. Ils sont tous les 2 appelés : pays des 1000 collines
  • Le Kirundi d'un coté et le Kinyarwanda sont des langues assez similaires.
  • Durant les années d'occupation, les 2 pays n'en ont formé qu'un seul. C'était un protectorat belge le Ruanda-urundi...

Les similitudes ne s'arrêtent pas là. Cependant, ces 2 pays constituaient des royaumes bien distincts avant l'arrivée des Européens sur le territoire.
Princesse rwandaise 


Lorsque les premiers Européens arrivent au Rwanda, ils sont assez étonnés par son organisation. Le pays se distingue car c'est un royaume très structuré. Le pays est également densément peuplé grâce à ses terres fertiles.
Le racisme ordinaire de l'époque poussent les Européens à penser que la dynastie rwandaise ne soit pas bantou. Pour eux, les dirigeants du pays sont forcément d'origine hamite.

1) Classes sociales ou groupes ethniques

En fait, le concept de Hutu et de Tutsi était intrinsèquement lié au pouvoir et à la richesse des personnes. A l'époque pré-coloniale, ce n'était pas une notion intangible. En général, le Tutsi était le supérieur. Le Mwami (le roi) était vu comme le Tutsi tandis que les "chevaliers" du roi étaient vu comme les Hutus du roi. Mais vis-à-vis du peuple ordinaire, ils étaient vu comme des Tutsis parce qu'ils avaient la chance de travailler auprès du Mwami. Sur certains enregistrements de l'époque, on voit des Belges demander à quelqu'un: "mais comment savoir si tu es hutu ou tutsi? "
Et l'homme répond : "ah mais ce sont mes voisins les hutus, pas moi." Puis se raviser, "mais si vous posez leur posez la question, ils vont répondre que c'est moi le hutu"
Cette conversation montre bien les limites de ce concept. Mais l'importance de ces dénominations va va vite changer avec l'arrivée des Belges.

2) Un concept qui se lie à la race...

Les Belges ne sont pas à l'origine de la division mais ils ont ethnicisé le concept.
Les chefs de l'époque ont aussi joué un grand rôle dans ce processus. Vu qu'il n'y avait pas de sources écrites sur les origines du pays, les colons ont utilisé les mythes racontés par les chefs pour arriver à certaines conclusions. Difficile de démêler le vrai du faux lorsqu'on sait qu'à cette époque, les responsables politiques racontaient l'histoire qui les mettaient dans la position la plus confortable. Le système colonial a donc utilisé les mythes oraux pour renforcer ces distinctions.

Persuadés que les Tutsis étaient des noirs différents et supérieurs, les Belges se mettent à catégoriser chaque Rwandais pour lui définir une ethnie. En calculant la taille du nez, la forme de la tête et la couleur de peau. Ils utilisent des instruments (à la valeur scientifique douteuse) pour assigner à chacun une race.
Extrait du film: Do scars ever fade?

3) Double colonisation et Indirect rule

Il y avait une sorte de mythe du bon et du mauvais nègre. C'était assez classique au début du 19ème siècle. Le système colonial était basé sur la division entre les populations.
En plus de l'autorité coloniale, le pouvoir était confié à un certain groupe ethnique. Au Rwanda, il était compliqué d'appliquer ce principe car le pays était assez homogène. Les gens parlaient tous la même langue et avait une culture commune.
Les rois appartenant au groupe Tutsis (déjà au pouvoir dans la période pré-coloniale) ont continué à diriger le pays. Mais certains Tutsis (ceux désignés comme tel par le pouvoir colonial) ont reçu des avantages tels que l'accès à l'éducation. Ils ont reçu une place privilégié durant l'occupation belge contrairement à la majorité Hutu.
Victimes de racisme et exclus du pouvoir décisionnel, beaucoup de Hutus ont eu l'impression de vivre une double colonisation. C'est pour cette raison que lors de l'indépendance, les Belges ont été chassés et beaucoup de Tutsis ont également été chassés/tués.

4) Les Rwandais sont les premiers à faire circuler de l'intox sur le sujet

Avant le génocide de 94, l'ethnie de chaque Rwandais était précisé sur les cartes d'identités. Et beaucoup de Tutsis ont continué à être opprimé bien après la décolonisation. La plupart des Rwandais ont grandi avec ce concept en tête. Ils ont appris dans les livres d'histoires que les Tutsis sont différents et qu'ils sont originaires de la corne de l'Afrique.
Difficile de déconstruire ces idées, lorsqu'on a été éduqué avec de telles affirmations.

On a dit aux Tutsis qu'ils étaient des étrangers et on a dit aux Hutus qu'ils étaient inférieurs. Tout ceci a attisé de la colère et de la rancœur.


5) Des preuves scientifiques...
Aujourd'hui, les recherches prouvent que les distinctions entre ces 2 groupes sont des constructions purement sociales et n'ont rien à voir avec les races.

Alors bien sûr, je ne connais pas tout sur le sujet et mon article n'est pas exhaustif. Je vous invite à continuer vos recherches si le sujet vous intéresse. Et je finis par un extrait d'une chanson de Bob Marley que je trouve totalement pertinente.
"Emancipate yourself from mental slavery,
None but ourselves can free our mind."


*Avertissement : Ce n'est pas un article avec un quelconque agenda politique. (Le blog est évidemment apolitique) Ce n'est pas non plus un article scientifique. J'ai combiné mes recherches et mon opinion pour écrire l'article.